Rappel historique
L'indulgence, dans la théologie catholique, c'est la rémission des péchés, le pardon accordé par le prêtre. Au cours du moyen âge, les guerres et leur cortège de violences, les épidémies, la dureté des temps, ont rendu la mort omniprésente. L'angoisse du trépas, la peur du jugement dernier, a incité beaucoup de gens à se tourner vers l'Eglise. Ce souci croissant des fidèles à se faire pardonner a incité peu à peu le clergé à monnayer les indulgences, une pratique qui a culminé au début du XVIème siècle, avec la mise en vente massive, par le pape Léon X, d'indulgences pour financer la construction de Saint-Pierre de Rome. Un abus contre lequel Martin Luther s'est élevé, ce qui a donné lieu à la fameuse "querelle des indulgences", marquant le point de départ de la Réforme.
Acheter une indulgence, c'était s'acheter à bon compte une bonne conscience. Plus de soucis, de remords, de pénitence. On paye, et on a la paix !
L'angoisse d'aujourd'hui
Malgré la considérable amélioration de l'espérance de vie et des conditions de confort et de sécurité, qui n'ont plus rien de commun avec celles du moyen âge, l'angoisse est toujours présente dans notre civilisation moderne. Depuis quelques décennies, nous prenons conscience que notre planète bleue est limitée, et que les ressources dans lesquelles nous avons puisé sans trop réfléchir jusqu'ici ne sont pas inépuisables.
A cette peur de risquer de manquer bientôt de nourriture et de matières premières, comme le pétrole, s'ajoute une conscience accrue des modifications massives que l'humanité provoque sur la nature. Et parmi celles-ci, la crainte que les émissions anthropiques de CO2 ne perturbent gravement le climat. Nous ne discuterons pas ici sur le bien-fondé de cette crainte, mais il est certain qu'elle constitue actuellement un souci majeur de notre population.
A vrai dire, l'influence de l'activité humaine sur notre environnement ne date pas d'hier. Cela a débuté avec la révolution néolithique, ou de chasseur-cueilleur qu'il était, l'homme est devenu agriculteur-éleveur. Défrichements, sélection des plantes et des animaux, brûlis et essartages, tout cela est certes très ancien, mais a modifié considérablement le paysage, la faune et la flore. Tant que la densité de la population est restée faible, ces effets ont été négligeables sur les grands équilibres naturels. Mais c'est l'énorme accroissement démographique au cours des derniers siècles qui fait que cet impact devient préoccupant.
Le recours à la peur comme moyen de pression
La prise de conscience des risques qui pèsent sur notre environnement, du fait du comportement irresponsable de l'humanité, est relativement récente. Il est parfaitement légitime de s'en préoccuper. L'écologie est un des maîtres-mots du discours moderne, et nous devons reconnaître que c'est bien grâce à la mouvance écologiste que l'opinion publique a été sensibilisée à ce problème.
Nous sommes tous d'accord que les ressources limitées dont nous disposons sur la terre doivent être utilisée à bon escient et avec parcimonie. Que nous devons nous montrer économes en ce qui concerne l'énergie, et que notre dépendance par rapport aux combustibles fossiles, au pétrole tout particulièrement, doit être considérablement réduite. Nous sommes tous d'accord que nous devons lutter contre la pollution, préserver la biodiversité, et conserver intactes le plus possible de zones sauvages où la nature doit rester inviolée.
Mais quand l'écologie devient un mouvement intégriste, quand on se base sur une idéologie plutôt que sur des faits, quand la discussion dégénère en guerre de religion, nous ne sommes plus d'accord !
Le recours systématique à la peur pour faire passer ses idées nous semble une dérive inacceptable d'un mouvement en soi respectable. Nous pensons par exemple à certains scénarios-catastrophe que nous assènent les médias. "La peur est mauvaise conseillère", dit la sagesse des nations. Elle fausse le débat, qui devient subjectif au lieu de rester objectif, et fait prendre, finalement, de mauvaises décisions.
Payer pour avoir bonne conscience
La notion du "pollueur-payeur" part d'une intention louable : que celui qui porte atteinte à un bien collectif précieux, dans le cas particulier la qualité de l’environnement, soit condamné à réparer le dommage sous une forme financière, voilà qui paraît légitime. C'est dans cet esprit qu'on a voulu introduire des taxes sur la pollution, en particulier sur l'énergie, la production d'énergie étant considérée comme une source de pollution, ce qui est partiellement vrai.
Si le principe de taxer les sources de pollution est acceptable, son application pose des problèmes. Personne n'aime payer des taxes, et nous en subissons déjà beaucoup. "Taxe" ressemble à "impôt" (pour les anglo-saxons, c'est le même mot !). A qui faut-il confier le prélèvement de la taxe, et quel en sera son usage ? Nos législateurs ont planché longuement sur ces questions, qui ne sont pas encore entièrement résolues.
Mais il y a plus grave. Pour faire passer la pilule, certains partisans des taxes dites "écologiques" utilisent l'angoisse contemporaine concernant l'environnement comme instrument de levier. Comme le clergé a pu autrefois utiliser la peur de la mort et de la condamnation pour vendre des indulgences, certains militants utilisent aujourd'hui la peur de la pollution et la menace de catastrophes climatiques pour faire payer les citoyens.
Il n'y a d'ailleurs pas que les Etats qui profitent de la situation: le commerce des "permis de polluer" est devenu un business profitable, et de nombreux "experts" vivent de nos craintes et de nos soucis...
Les effets pervers
Le pardon de nos péchés devrait nous inciter à ne plus en commettre, comme les taxes sur l'énergie devraient nous inciter aux économies. Mais la vente des indulgences, comme les prélèvements pour compenser la pollution, peuvent avoir des effets pervers: il est souvent plus facile de payer que de changer son comportement ! On s'achète ainsi une bonne conscience... et on continue à vivre comme avant.
On s'en remet à une autorité supérieure : autrefois, c'était l'Eglise, maintenant, c'est l'Etat, à qui on délègue le soin de régler le problème. Le fait d'avoir passé à la caisse nous dispense d'un effort personnel. Bien sûr qu'il y a des citoyens consciencieux, comme des chrétiens honnêtes, qui n'épargneront pas leur peine pour modifier leur style de vie. Mais il y a aussi, malheureusement, beaucoup de paresseux, qui estimeront avoir fait leur part en payant, et se sentiront alors parfaitement en règle avec leur conscience.
Or ce n'est que la somme des comportements individuels qui peut modifier l'impact de l'activité des hommes sur l'environnement. La législation, les règlements, et des armées de fonctionnaires seront impuissants si chaque citoyen ne prend pas sur lui de mettre en pratique, avec tout ce que cela comporte de dépenses et de travail, les sages conseils que les médias nous prodiguent si abondamment...
L'humanité a déjà passé par de nombreuses crises, et nous avons bon espoir que nous pourrons aussi surmonter celle-là. Mais le succès de la vente des indulgences à la fin du moyen âge nous montre aussi que l'achat d'une bonne conscience peut conduire les individus à l'abdication de leur responsabilité !
Statistique globale suisse de l'énergie 2007
L'office fédéral de l'énergie établit chaque année une statistique globale pour la Suisse. Les chiffres 2007 ont été publiés en particulier dans le bulletin d'Electrosuisse (No. 14, 2008), d'où nous tirons quelques informations qui nous paraissent intéressantes.
Après un record en 2005, la consommation finale d'énergie en Suisse a légèrement baissé pour la seconde année consécutive (environ -0,5 % en 2006 et -2,6 % en 2007). Cette baisse est due principalement aux conditions météorologiques plus clémentes, avec leur influence sur le chauffage, qui représente près du tiers de la consommation globale, ainsi qu'à l'augmentation du prix de pétrole. Par contre, elle a été influencée à la hausse par l'évolution favorable de la conjoncture économique, qui a connu une évolution très positive en 2007: le produit intérieur brut (PIB) a augmenté de 3,1 %, la population résidente de 0,8 % et la flotte de véhicules à moteur de 1,5 %.
Consommation finale 1910 – 2007 selon les agents énergétiques 
Le graphique ci-dessus montre comment la répartition de la consommation entre les différents agents énergétiques a évolué au cours du temps. On constate que si le charbon a constitué la source d'énergie la plus importante jusqu'à le seconde guerre mondiale, sa contribution est aujourd'hui négligeable. La baisse importante de la consommation de combustibles pétroliers est en partie compensée par une augmentation de la part du gaz, alors que la consommation de carburants semble se stabiliser, et que la part de l'électricité continue de croître.
Ce qui est particulièrement frappant, c'est le changement du rythme de croissance à partir de 1945. En 50 ans, la consommation d'énergie en Suisse a été multipliée par 8 ! Il est clair que nous ne pouvons pas continuer comme cela ! Mais le début du Sème millénaire semble coïncider avec une stabilisation. Les causes en sont multiples, et nous n'avons pas encore assez de recul pour évaluer une tendance qui se déroule sur le long terme.
Nous pensons toutefois que des forces d’auto-régulation existent dans la nature. A partir d'un certain niveau de satiété, on ne peut pas manger plus ! La raréfaction des ressources d'une part, la saturation de l'espace habitable et des moyens de déplacement (trop de trafic tue le trafic !), d'autre part, joueront de plus en plus un rôle modérateur sur la croissance. C'est donc sur une note optimiste que nous concluons ces réflexions philosophiques. |